Une table ronde d'importance sur l'Agenda 2063 de l'Union africaine et les priorités locales s'est tenue à Tahoua le lundi 17 août 2026. Cet événement significatif a été orchestré par l'Association Alternative Espace Citoyen (AEC), une organisation reconnue pour son engagement civique et son rôle dans la promotion du développement durable. La rencontre a rassemblé un large éventail de participants, incluant des représentants éminents de la société civile, des jeunes leaders prometteurs et des membres actifs des structures féminines, soulignant ainsi l'approche inclusive adoptée par les organisateurs. L'objectif principal de cette table ronde était de favoriser une discussion approfondie et constructive sur la manière dont les aspirations continentales de l'Agenda 2063 peuvent être efficacement intégrées et adaptées aux réalités et aux besoins spécifiques de la région de Tahoua.
M. Hamadou Boulama Tcherno, Directeur des Programmes de l'AEC, a eu l'honneur d'ouvrir les discussions. Dans son discours inaugural, il a mis en exergue l'importance capitale de cette rencontre, affirmant qu'elle visait à évaluer de manière critique les progrès réalisés et les défis persistants dans la mise en œuvre de l'Agenda 2063. L'ambition sous-jacente à cette initiative est de "construire le Niger que nous voulons" ou, plus spécifiquement encore, de façonner "Tahoua que nous voulons d'ici 2036", en mettant en place des stratégies concrètes et des actions ciblées. M. Hamadou Boulama Tcherno a également affirmé avec conviction que "nos universités disposent du potentiel nécessaire pour relever les défis du nouveau monde multipolaire qui est, malheureusement, en proie à la violence aveugle". Il a insisté sur la responsabilité collective, ajoutant que "chacun doit donner le meilleur de lui-même pour léguer aux générations futures un monde de paix, d’humanité, de solidarité, de justice sociale". Concluant son intervention sur une note d'espoir et de détermination, il a déclaré que "le Niger dispose de toutes les richesses pour sortir des crises enchevêtrées que nous vivons", soulignant ainsi le potentiel intrinsèque du pays à surmonter les adversités actuelles.
Contexte de l'Agenda 2063
La table ronde de Tahoua, un forum essentiel pour le dialogue et l'échange d'idées, a été animée par des universitaires de renom et des experts chevronnés en développement durable. Leur expertise a permis d'éclairer les discussions et d'apporter des perspectives enrichissantes sur les enjeux de l'Agenda 2063. L'Agenda 2063, qui constitue la feuille de route stratégique et le cadre de référence pour le développement continental, a été officiellement adopté par l'Union africaine le 31 janvier 2015. Ce document fondateur incarne une vision ambitieuse et à long terme, s'étendant sur une période de cinquante ans, de 2013 à 2063, afin de guider les efforts de transformation du continent africain.
Selon ses concepteurs, l'objectif ultime et essentiel de l'Agenda 2063 est de concrétiser la Renaissance africaine, une aspiration profonde à un continent prospère, intégré et en paix. La structure de l'Agenda 2063 est exhaustive et méticuleusement détaillée, s'articulant autour de 7 aspirations fondamentales qui définissent la vision globale. Ces aspirations sont déclinées en 20 objectifs stratégiques, lesquels sont eux-mêmes subdivisés en 39 domaines prioritaires d'action. Pour mesurer les progrès et l'efficacité de sa mise en œuvre, l'Agenda inclut 174 cibles spécifiques et 257 indicateurs de performance, offrant un cadre solide pour le suivi et l'évaluation. Cependant, un point clé a été soulevé par le Dr Allassan Soufouyanou, qui a souligné que les Africains n'ont pas été suffisamment associés à l'élaboration de l'Agenda 2063. Il a mis en contraste cette situation avec les processus participatifs qui avaient caractérisé l'élaboration des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et des Objectifs de Développement Durable (ODD), où une consultation plus large des acteurs africains avait été observée.
Défis et progrès au Niger
La réalisation des ambitions de l'Agenda 2063 au Niger est confrontée à une série de défis complexes et interdépendants. Parmi les obstacles majeurs identifiés figurent un manque persistant de ressources humaines compétentes, des ressources financières insuffisantes pour soutenir les initiatives de développement, et des problèmes de leadership qui peuvent entraver la coordination et l'exécution des projets. Le pays est aux prises avec des fléaux socio-économiques et sanitaires tels que les maladies endémiques, une pauvreté généralisée, la faim et la malnutrition, un taux de chômage élevé, ainsi qu'une insécurité grandissante qui affecte la stabilité et le développement. En dépit de ces difficultés, le Niger a démontré un engagement ferme en entreprenant d'intégrer les aspirations et les objectifs de l'Agenda 2063 dans ses politiques et stratégies de développement nationales. Cette intégration se manifeste notamment à travers des cadres stratégiques clés comme la Stratégie de Développement Durable et de Croissance Inclusive (SDDCI Niger 2035) et le Plan de Développement Économique et Social (PDES), qui servent de piliers pour orienter les efforts du pays vers un avenir plus prometteur.
Selon les conclusions d'un rapport d'évaluation national, le Niger a enregistré un progrès notable dans la mise en œuvre de l'Agenda 2063, avec une réalisation se situant entre 20% et 29% des objectifs fixés. Cette évaluation, bien qu'indiquant des avancées, note également l'ampleur du travail restant à accomplir. La rencontre de Tahoua a spécifiquement abordé quatre des sept aspirations de l'Agenda 2063 : les aspirations 1, 3, 4 et 6. Ces aspirations sont considérées comme particulièrement essentielles pour le Niger, car elles touchent directement à des enjeux fondamentaux tels que l'éradication de la pauvreté, la protection indispensable de l'environnement, et la garantie d'une paix durable et de la prospérité pour l'ensemble des citoyens nigériens.
Dans le secteur vital de l'éducation, le Niger a réalisé un effort significatif en augmentant le nombre de ses universités publiques, qui sont passées à huit établissements à travers le pays. Cette expansion vise à démocratiser l'accès à l'enseignement supérieur. Cependant, il est important de noter que cette croissance quantitative s'est malheureusement accompagnée d'une baisse de la qualité de l'enseignement à tous les niveaux, un défi majeur que le pays doit relever. Parallèlement, des avancées encourageantes ont été enregistrées dans le domaine de la santé, avec la mise en service de deux hôpitaux de référence sur le territoire nigérien. Ces nouvelles infrastructures sont destinées à améliorer l'accès aux soins de santé de qualité pour la population.
Mme Issifou Habsatou a, pour sa part, mis en lumière des progrès particulièrement positifs et significatifs concernant l'autonomisation des femmes, un pilier essentiel du développement social. Elle a également souligné les avancées notables dans l'éducation des jeunes filles, reconnaissant l'importance d'investir dans la prochaine génération, ainsi que les efforts accrus pour la protection des femmes contre toutes formes de violence et de discrimination. Ces efforts concertés et ciblés contribuent de manière directe et substantielle à l'atteinte des objectifs de l'Agenda 2063 relatifs à l'égalité des genres et au bien-être social général, des éléments cruciaux pour une société équitable et prospère.
Stratégies et priorités locales
M. Nabba Adamou, statisticien émérite et Directeur Général du Centre de Formation et d'Appui-Conseil pour le Développement (CEFACOD), a préconisé l'adoption de plusieurs mesures stratégiques et innovantes pour populariser l'Agenda 2063 à l'échelle locale. Il a insisté sur la nécessité impérieuse de traduire ce document stratégique, souvent perçu comme complexe, dans les langues locales. Cette initiative vise à en faciliter l'appropriation par les populations à la base, garantissant ainsi une meilleure compréhension et une participation accrue. M. Adamou a également proposé d'intégrer les objectifs de l'Agenda 2063 dans les programmes scolaires, dès les premiers niveaux d'enseignement, afin de sensibiliser les jeunes générations aux enjeux du développement continental. Il a suggéré d'utiliser de manière proactive les plateformes de médias sociaux pour sa diffusion et sa vulgarisation auprès d'un public plus large et diversifié. Ces initiatives combinées visent à assurer une meilleure compréhension des enjeux, à renforcer l'engagement des citoyens et à mobiliser toutes les forces vives de la nation dans la réalisation des aspirations continentales.
Pour le financement de ces ambitions vastes et transformatrices, M. Nabba Adamou a mis en avant la nécessité clé de privilégier la mobilisation des ressources internes. Cette approche stratégique vise à réduire la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs, souvent assortis de conditions, et à renforcer l'autonomie économique du pays. Il a identifié l'agro-pastoralisme et l'exploitation minière comme des secteurs clés offrant un potentiel significatif pour générer les fonds nécessaires au développement durable. Ces secteurs, s'ils sont gérés de manière efficace et transparente, peuvent devenir des moteurs puissants de croissance économique. Cette approche globale vise à doter le pays des moyens financiers nécessaires pour relever les défis de l'Agenda 2063 et pour investir dans un avenir prospère.
Les priorités spécifiques pour la région de Tahoua d'ici 2036 ont été détaillées avec une grande précision, mettant l'accent sur l'exploitation judicieuse et durable des ressources naturelles locales. Les jeunes, en raison de leur dynamisme et de leur potentiel d'innovation, sont considérés comme un atout majeur et un moteur essentiel dans ce processus de développement. Parmi les projets concrets et ambitieux mentionnés figurent l'extension significative de la capacité de l'usine de ciment de Malbaza, un acteur clé de l'économie régionale, et la création de nouvelles unités de production afin de diversifier l'industrie locale. Il a également été question de l'exploitation rationnelle des gisements de Salkadamna, du déploiement de centrales solaires à grande échelle pour répondre aux besoins énergétiques croissants de la région et du pays, et de l'intensification de l'exploitation du phosphate et du calcaire, des ressources précieuses pour l'agriculture et l'industrie. La restauration de la filière viande, un secteur traditionnel et vital, la promotion active de la formation professionnelle pour doter les jeunes de compétences adaptées au marché du travail, et la valorisation des jeunes de retour au pays, souvent porteurs d'expériences et de savoir-faire précieux, ont été citées comme des axes de développement essentiels et prioritaires pour la région de Tahoua.
Parallèlement, Dr. Issifou Habsatou a insisté avec force sur l'importance de la mobilisation des fonds internes comme levier financier indispensable pour le développement du Niger. Elle a souligné que la capacité du pays à générer ses propres ressources est fondamentale pour assurer sa souveraineté économique et la pérennité de ses projets. Elle a mis en lumière le rôle potentiel et souvent sous-estimé du financement par la diaspora nigérienne. Elle a considéré ces contributions, qu'elles soient sous forme de transferts de fonds ou d'investissements directs, comme un apport significatif et inestimable pour soutenir les projets de développement à l'échelle nationale et locale. L'engagement de la diaspora représente une source de capital humain et financier qui peut grandement contribuer à l'atteinte des objectifs ambitieux fixés par l'Agenda 2063.