Une conférence-débat sur « L'accès des femmes à la justice : focus sur les droits fonciers » s'est ouverte ce vendredi 15 mai 2026 à Niamey. Cet événement d'importance capitale s'inscrit dans le cadre de la Journée nationale de la femme au Niger, célébrée en 2026 sous le thème évocateur de « Mobilisation de la femme nigérienne pour la défense nationale et le développement durable ». La rencontre, qui réunit divers acteurs clés, vise à mettre en lumière les enjeux complexes et souvent sous-estimés liés aux droits fonciers des femmes dans le pays, afin de stimuler des discussions constructives et d'identifier des pistes d'action concrètes. L'objectif principal est de renforcer la compréhension des défis auxquels les femmes sont confrontées et de promouvoir des solutions durables pour garantir un accès équitable et effectif à la justice et à la propriété foncière.
Obstacles à l'accès à la justice
Une étude approfondie menée en 2022 par HiiL et le ministère de la Justice a identifié plusieurs obstacles majeurs entravant significativement l'accès des femmes à la justice au Niger. HiiL est une organisation non gouvernementale internationale reconnue, dont le siège est basé à La Haye, et qui s'engage activement pour l'innovation en matière de justice à travers le monde. Selon les résultats alarmants de cette étude de 2022, une proportion significative de 31% des femmes interrogées ne savent pas comment procéder concrètement pour accéder aux mécanismes de justice. Ce manque de connaissance des procédures et des recours disponibles constitue une barrière fondamentale. Un autre constat préoccupant de l'étude de 2022 révèle que 27% des femmes n'attendent pas de résultats positifs de la recherche de justice, ce qui témoigne d'une perte de confiance dans le système ou d'un sentiment d'impuissance face aux démarches. 20% des femmes craignent une détérioration de leurs relations personnelles ou sociales malgré les injustices subies, selon la même étude de 2022, ce qui les pousse souvent à renoncer à faire valoir leurs droits. Au-delà de ces facteurs psychologiques et sociaux, des contraintes matérielles telles que des difficultés financières et un manque de temps viennent s'ajouter à ces obstacles, exacerbant considérablement l'inaction des femmes dans leur quête légitime de justice. La combinaison de ces facteurs crée un environnement où l'accès à la justice reste un privilège plutôt qu'un droit fondamental pour de nombreuses femmes nigériennes.
L'importance des droits fonciers
La sécurisation des droits fonciers des femmes représente un levier essentiel et reconnu pour leur autonomisation complète, selon les observations pertinentes faites lors de la conférence à Niamey. L'accès et le contrôle effectif des femmes sur la terre sont considérés comme un facteur clé et déterminant pour améliorer les conditions de vie des ménages dans leur ensemble. Une meilleure assise foncière pour les femmes est perçue comme un moyen puissant de renforcer la sécurité alimentaire des familles, en leur permettant de cultiver et de produire pour leurs besoins, et de favoriser le développement économique au sein des foyers grâce à la génération de revenus supplémentaires. Cette sécurisation des droits fonciers est également présentée comme un instrument efficace de prévention des conflits communautaires, contribuant ainsi de manière significative à la stabilité sociale. La conférence met en avant que l'attribution de droits fonciers clairs, légalement reconnus et protégés aux femmes peut réduire drastiquement les tensions liées à l'héritage et à la propriété de la terre, des sources potentielles de discorde et de violence dans de nombreuses communautés au Niger. En garantissant aux femmes une propriété foncière, on leur confère une position plus forte au sein de la famille et de la communauté, réduisant leur vulnérabilité et augmentant leur capacité à prendre des décisions éclairées pour leur avenir et celui de leurs enfants.
Initiatives et solutions proposées
Face à ces défis, des initiatives concrètes sont mises en œuvre pour améliorer la situation. Depuis 2020, HiiL met en œuvre le programme d'innovation en matière de justice au Niger, en collaboration étroite avec le ministère de la Justice. Cette initiative s'inscrit dans une démarche globale visant à améliorer l'accès des citoyens, et particulièrement des femmes, aux mécanismes juridiques et à faciliter leur parcours judiciaire. Les efforts de l'organisation se concentrent sur le développement et la mise à disposition de solutions pratiques, innovantes et accessibles pour surmonter les obstacles identifiés précédemment.
Dans ce cadre, HiiL a développé plusieurs outils numériques et supports d'information, parmi lesquels la plateforme numérique « Hadin kai – Bani fondo » et son assistant vocal intégré. Ces dispositifs technologiques visent à simplifier considérablement les démarches des femmes et à leur fournir des informations juridiques claires et accessibles, contribuant ainsi à réduire la méconnaissance des processus judiciaires et à démystifier le système. L'objectif est de rendre la justice plus proche, plus compréhensible et plus conviviale pour les populations, notamment celles vivant dans des zones reculées ou ayant un accès limité aux services traditionnels. Ces outils sont conçus pour être intuitifs et adaptés aux réalités locales.
En complément de ces outils numériques, HiiL a également élaboré une fiche d'information détaillée dédiée spécifiquement à l'accès des femmes à la justice, fournissant des renseignements essentiels sur leurs droits et les procédures à suivre. Parallèlement, des lignes directrices spécifiques et des cadres de référence sur l'accès des femmes aux terres rurales ont été développées pour les régions de Tillabéri et de Dosso. Ces directives constituent un cadre juridique et pratique essentiel pour mieux encadrer la sécurisation des droits fonciers des femmes dans ces zones géographiques ciblées, souvent confrontées à des enjeux fonciers complexes. Ces efforts combinés de HiiL et du ministère de la Justice démontrent un engagement fort à transformer le paysage de la justice et des droits fonciers pour les femmes au Niger, en vue d'un avenir plus juste et équitable.