Le Secrétaire Général du ministère de la Communication et des Nouvelles Technologies de l'Information, M. Mashoul Abdoul Nasser, a présidé la cérémonie d'ouverture d'une conférence à Niamey, au Niger, le jeudi 17 septembre 2026. Cette rencontre, qui doit se poursuivre jusqu'au 18 septembre, est axée sur « La souveraineté informationnelle des États de l'AES : Enjeux, défis et stratégie commune de lutte contre la désinformation ». Le Gouvernement du Niger a exprimé son intérêt pour la création d'une plateforme des régulateurs des médias et de la communication des États membres de l'AES. La conférence de Niamey a pour objectif de jeter les bases de cette coopération, selon les informations de l'ANP en septembre 2026.
Mutations de l'environnement informationnel
Le Secrétaire Général M. Mashoul Abdoul Nasser a souligné que l'environnement informationnel connaissait de profondes mutations, un phénomène accéléré par l'essor des réseaux sociaux, des plateformes numériques et de l'intelligence artificielle. Ces transformations, selon lui, présentent des opportunités mais également de nouveaux défis. Parmi ces derniers figurent la désinformation, la manipulation informationnelle, les contenus haineux, les campagnes d'influence coordonnées, l'usurpation d'identité numérique et les contenus générés artificiellement. Il a noté que ce contexte de mutations profondes de l'environnement informationnel, exacerbé par la prolifération des réseaux sociaux, des plateformes numériques et l'avènement de l'intelligence artificielle, transforme radicalement la manière dont l'information est produite, diffusée et consommée à l'échelle mondiale.
Les transformations numériques modifient en profondeur la manière dont l'information est produite, diffusée et reçue. Les réseaux sociaux, plateformes numériques, applications de messagerie et outils d'intelligence artificielle s'ajoutent désormais aux médias traditionnels dans ce paysage. Ces évolutions facilitent l'accès au savoir, élargissent les possibilités d'expression, rapprochent les citoyens et offrent de nouveaux moyens aux médias pour véhiculer les réalités et les voix nationales. Elles exposent cependant les sociétés à des risques qui exigent une vigilance accrue. La régulation doit évoluer au rythme de ces transformations, avec l'exigence constante de protéger les citoyens et de garantir un espace de communication libre, pluraliste et responsable. Ces mutations ont créé un paysage informationnel complexe, où la distinction entre faits et fiction est parfois brouillée, et où les acteurs malveillants peuvent exploiter ces canaux pour semer la discorde ou déstabiliser.
Souveraineté informationnelle, un enjeu clé
La souveraineté informationnelle constitue désormais une dimension essentielle de la souveranéité des États. Elle se définit comme la capacité des pays à connaître et maîtriser leur environnement informationnel, à protéger leurs populations contre la manipulation, et à développer leurs propres capacités humaines, technologiques et institutionnelles. Un régulateur moderne doit pouvoir anticiper, particulièrement dans le contexte sahélien où les médias jouent un rôle important dans la prévention des conflits, la sensibilisation des populations et le renforcement de la cohésion sociale. La souveraineté informationnelle repose sur la capacité à comprendre l'environnement numérique, à produire des informations crédibles, à développer une expertise propre et à protéger les populations contre les diverses formes de manipulation. Cette capacité à exercer un contrôle sur son espace informationnel est clé pour la stabilité et le développement des nations, leur permettant de défendre leurs intérêts nationaux et de préserver leur identité culturelle face aux influences extérieures. La maîtrise de l'information est devenue un pilier fondamental de la résilience étatique, permettant aux gouvernements de communiquer efficacement avec leurs citoyens, de contrer les récits fallacieux et de promouvoir une compréhension partagée des enjeux sociétaux.
Objectifs et instruments de coopération
La plateforme envisagée est destinée à devenir un véritable instrument de coopération, d'expertise et d'action collective, plutôt qu'une structure supplémentaire dépourvue de portée opérationnelle. Elle devrait permettre aux régulateurs de partager leurs expériences, de mutualiser leurs compétences, d'échanger rapidement sur les menaces informationnelles et de développer des réponses communes. Parmi les suggestions formulées figurent l'établissement d'un mécanisme commun de veille et d'alerte informationnelle, le renforcement de la coopération en matière de vérification des faits, le développement de programmes de formation conjoints et la promotion d'une convergence progressive des cadres juridiques et réglementaires. Cette approche collaborative est perçue comme essentielle pour faire face à la nature transfrontalière de la désinformation et des manipulations informationnelles, qui ne connaissent pas de frontières géographiques.
La coopération doit également consolider la vérification des faits, en encourageant le recoupement des sources, l'authentification des images et vidéos, et la diffusion de rectifications publiques. Le renforcement des capacités constitue une autre priorité pour les régulateurs et les professionnels des médias, exigeant des formations adaptées aux évolutions technologiques, aux questions éthiques et à la gestion des situations sensibles. Ces formations ciblées visent à doter les acteurs des compétences nécessaires pour naviguer dans un environnement numérique en constante évolution, où les techniques de désinformation deviennent de plus en plus sophistiquées. L'objectif est de créer une synergie entre les régulateurs de l'AES, leur permettant d'adopter des stratégies harmonisées et d'agir de manière coordonnée pour protéger l'intégrité de l'espace informationnel régional.
Trois instruments donneront substance à cet engagement : une Charte définissant la vision commune, les objectifs et les principes de coopération ; un Règlement Intérieur établissant des procédures de fonctionnement claires et efficaces ; et un Plan d'Action 2026-2028 précisant les priorités, les responsabilités, les échéances et les moyens nécessaires. Ces documents fondateurs serviront de feuille de route pour la mise en œuvre concrète des initiatives et des projets de la plateforme, garantissant une approche structurée et mesurable de la lutte contre la désinformation. Ils sont conçus pour assurer la pérennité de l'action collective et la responsabilisation de chaque État membre dans la réalisation des objectifs fixés.
Engagements et perspectives régionales
Le Niger a récemment adopté une ordonnance relative à la presse électronique, intégrant les nouvelles réalités de l'environnement numérique. Cette initiative législative témoigne de la volonté du pays de s'adapter aux défis posés par l'ère numérique et de fournir un cadre juridique approprié pour réguler les activités en ligne. Les journalistes doivent par ailleurs être davantage formés à la vérification des faits, au traitement des sujets sensibles et à l'utilisation responsable des technologies numériques. Cette formation continue est jugée indispensable pour garantir un journalisme de qualité, capable de résister aux pressions et aux manipulations.
Le président de l'Observatoire National de la Communication (ONC), M. Ibrahim Manzo Diallo, a déclaré que cette rencontre se déroule à un moment décisif pour l'avenir de leur espace commun. Il a souligné l'urgence d'une action concertée face à la prolifération des fausses nouvelles et des discours de haine, qui menacent la cohésion sociale et la stabilité régionale. Le président de la Haute Autorité de la Communication du Mali, M. Coulibaly Gaoussou, ainsi que le président du Conseil Supérieur de la Communication du Burkina Faso, M. Wendingoudi Louis Ouedrago, ont pris la parole. Ils ont souligné l'importance de cette réunion et réaffirmé leur engagement. Leurs interventions ont mis en lumière la détermination collective des États membres de l'AES à forger un front uni contre les menaces informationnelles, reconnaissant que la souveraineté et la sécurité de leurs nations sont intrinsèquement liées à leur capacité à maîtriser leur environnement informationnel. Cette conférence marque une étape clé vers la construction d'un espace informationnel résilient et protecteur pour les populations de l'AES.