La Banque africaine de développement (BAD) tient ses assemblées annuelles 2026 au Centre de conférences Kintélé à Brazzaville. Ces réunions annuelles, qui rassemblent des décideurs et des experts du continent, se déroulent dans un contexte où la BAD est devenue le plus grand bailleur de fonds du secteur agricole sur le continent africain. C'est dans ce cadre que l'Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) exprime publiquement ses critiques concernant la stratégie de financement de la BAD, qui, selon elle, ne répond pas adéquatement aux besoins des petits producteurs.
Critique du modèle agricole
L'Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) affirme que le financement dit « intelligent face au climat » est en réalité utilisé pour soutenir des modèles industriels intensifs et la monoculture. Cette approche, bien que présentée comme innovante et durable, est perçue par l'AFSA comme une dérive. L'AFSA fonde sa critique sur trois études récentes. Ces recherches mettent en lumière une orientation des investissements qui contredit les objectifs de durabilité affichés, en favorisant des pratiques qui pourraient, à terme, nuire à la résilience agricole du continent. Les conclusions de ces études soulignent un décalage entre les intentions déclarées et la réalité des financements alloués.
L'argument souvent avancé selon lequel l'Afrique dispose de terres « disponibles » ou « sous-utilisées » pour de vastes zones agro-industrielles est fermement contesté. L'Institut d’études sur la pauvreté, la terre et l’agriculture (PLAAS) de l'University of the Western Cape remet en question cette prémisse fondamentale. Le PLAAS soutient que ce discours ignore les droits fonciers des communautés locales et l'utilisation traditionnelle des terres, qui sont souvent essentielles à la subsistance et à la culture des populations rurales. Cette perspective met en lumière les risques d'accaparement des terres et de déplacement des communautés si de telles politiques étaient pleinement mises en œuvre, sans égard pour les structures foncières existantes.
La feuille de route de l'AFSA
Face à ces préoccupations, l'Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) a présenté une feuille de route en quatre points aux gouverneurs de la Banque africaine de développement (BAD). Cette proposition vise à réorienter les priorités de financement pour un développement agricole plus inclusif et durable.
Le premier point de cette feuille de route inclut la création d'un fonds spécifique au sein du programme phare de la BAD, « Nourrir l'Afrique » (Feed Africa). Ce fonds serait destiné à soutenir directement les systèmes agricoles à faibles intrants, favorisant ainsi des pratiques moins dépendantes des produits chimiques et plus respectueuses de l'environnement. Il aurait également pour mission de promouvoir la régénération des sols, essentielle pour maintenir la fertilité des terres à long terme, et la valorisation des semences traditionnelles, qui sont adaptées aux conditions locales et contribuent à la biodiversité agricole.
Deuxièmement, l'AFSA demande l'arrêt immédiat du financement des monocultures intensives, souvent labellées « intelligentes face au climat ». L'Alliance estime que ces pratiques, bien que présentées comme efficaces, sont souvent préjudiciables à la diversité agricole et à la résilience des écosystèmes. Elle insiste sur la nécessité de protéger les systèmes de semences paysannes, qui sont non seulement les garants de la diversité génétique mais aussi des piliers essentiels de la résilience et de la sécurité alimentaire face aux changements climatiques et aux aléas économiques.
Troisièmement, la feuille de route de l'AFSA exige une transparence totale dans les opérations de financement de la BAD. Cela inclut spécifiquement la publication des bénéficiaires finaux des financements agricoles, afin de s'assurer que les fonds atteignent réellement les acteurs visés et ne soient pas détournés. Cette transparence est jugée indispensable pour évaluer l'impact réel des investissements et pour garantir une redevabilité.
Enfin, le quatrième point de la feuille de route met l'accent sur la garantie du respect des droits fonciers coutumiers des communautés locales. L'AFSA note que toute stratégie de développement agricole doit impérativement reconnaître et protéger ces droits, afin d'éviter les conflits fonciers et d'assurer une appropriation durable des projets par les populations concernées.
Enjeux et perspectives
L'Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) critique la stratégie de financement de la Banque africaine de développement (BAD) car elle dénonce une approche qui, selon elle, favorise les grandes entreprises au détriment des petits producteurs africains. Cette orientation est particulièrement préoccupante étant donné le rôle central des petits exploitants agricoles sur le continent. Les petits exploitants agricoles gèrent près de 80% des terres agricoles et assurent la production de 80% des aliments consommés en Afrique subsaharienne.
Le portefeuille de la BAD pour la période 2019-2025 oriente la majorité de ses financements vers les chaînes de valeur mondialisées et les grandes sociétés. Cette orientation est remise en question par l'AFSA, qui note la disproportion entre les bénéficiaires des fonds et les acteurs clés de l'agriculture continentale. L'AFSA estime que cette politique met en péril la résilience alimentaire du continent en négligeant ceux qui sont les véritables piliers de la production alimentaire et de la sécurité nutritionnelle. Les débats des assemblées annuelles de la BAD à Brazzaville devraient donc être l'occasion d'examiner en profondeur ces critiques et de considérer les propositions de l'AFSA pour un avenir agricole plus équitable et durable en Afrique.