Le président béninois Wadagni entame un dialogue clé avec le Niger

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Photo: DR via Journalduniger

Le nouveau président béninois, Romuald Wadagni, a été reçu ce mardi à Niamey par le général Abdourahamane Tiani, chef de l'État nigérien. Cette visite marque la deuxième étape officielle de M. Wadagni, entré en fonction le 24 mai, après un déplacement à Lagos lundi. Il s'agit de la première visite d'un chef d'État béninois au Niger depuis le coup d'État du 26 juillet 2023, un événement qui a profondément altéré les relations entre les deux voisins ouest-africains. L'arrivée de M. Wadagni à la tête de l'État béninois, succédant à Patrice Talon, ouvre une nouvelle page dans les tentatives de normalisation des liens. Le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, avait d'ailleurs auparavant assisté à l'investiture de Romuald Wadagni à Cotonou, soulignant ainsi un premier contact officiel et une volonté naissante de dialogue entre les deux pays. Cette rencontre au sommet est perçue comme une initiative clé pour apaiser les tensions et relancer la coopération bilatérale.

Levée du blocus et enjeux économiques

Les relations entre le Niger et le Bénin ont été tendues depuis le coup d'État qui a renversé le président Mohamed Bazoum. En réponse aux sanctions imposées par la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le Niger avait fermé ses frontières avec les pays membres, dont le Bénin. Si le Bénin a rouvert sa frontière avec le Niger en février 2024, suite à la levée des sanctions régionales, le Niger a maintenu son blocus, citant des « raisons de sécurité ». Les autorités nigériennes ont publiquement accusé le Bénin d’abriter des installations militaires françaises destinées à les déstabiliser, justifiant ainsi le maintien de la fermeture de leur côté de la frontière, malgré les appels du Bénin à la réouverture.

Les discussions actuelles entre les deux nations portent, de manière prioritaire, sur le déblocage du pipeline acheminant le brut nigérien depuis le champ d’Agadem jusqu’au port béninois de Sèmè-Kpodji. L'exploitation de cette infrastructure est clé pour les deux pays, représentant un enjeu économique majeur pour leurs finances publiques respectives.

Le Niger a un besoin impérieux de recouvrer ses revenus pétroliers, qui sont une source significative de financement pour son budget national et un pilier essentiel de son économie. Parallèlement, le Bénin dépend des droits de transit liés à l'utilisation de son port et de son territoire pour acheminer ce pétrole brut vers les marchés internationaux, alimentant ainsi ses caisses publiques. La résolution de ce différend frontalier et le fonctionnement optimal du pipeline confèrent donc une importance économique capitale aux pourparlers en cours. Le déblocage de cette situation est attendu avec impatience par les acteurs économiques des deux côtés de la frontière.

Coopération sécuritaire transfrontalière

Au-delà des questions économiques, la sécurité régionale est un point central des échanges. Le nord du Bénin est confronté à des incursions de groupes djihadistes armés, qui opèrent depuis des zones du Sahel. Ces activités représentent une menace sécuritaire grandissante pour le pays, mettant en péril la stabilité des populations frontalières.

Dans ce contexte, les discussions entre le général Abdourahamane Tiani et le président Romuald Wadagni visent à établir les fondations d'une collaboration militaire renforcée. Cette coopération se concentrerait le long de la frontière partagée par les deux nations, avec une attention particulière portée à la région du parc W, un vaste espace transfrontalier connu pour être une zone d'activités pour ces groupes armés. L'objectif est de coordonner les efforts pour contenir et contrer la progression de l'insécurité dans cette zone sensible, en échangeant des renseignements et en menant des opérations conjointes si nécessaire.

Poursuite de la tournée diplomatique

Après son étape clé à Niamey, le président Romuald Wadagni poursuivra sa tournée diplomatique régionale en se rendant à Ouagadougou. Il y rencontrera le capitaine Ibrahim Traoré, dirigeant du Burkina Faso, un autre pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) confronté à des défis sécuritaires similaires. Cette étape sera suivie par des visites à Lomé, capitale du Togo, puis à Abidjan, en Côte d'Ivoire, et enfin à Accra, au Ghana. Cette série de déplacements marque la volonté du nouveau chef d'État béninois d'établir des contacts bilatéraux avec les principaux acteurs régionaux peu après son investiture le 24 mai. L'objectif est de renforcer les liens, de réaffirmer l'engagement du Bénin dans la coopération régionale et d'aborder les défis communs, notamment sécuritaires et économiques, qui traversent l'Afrique de l'Ouest dans un contexte géopolitique en constante évolution.