Le Réseau des Journalistes de la Confédération des États de l'Alliance du Sahel (REJAES) a publié un communiqué de presse lundi 4 mai 2026, condamnant les attaques terroristes coordonnées survenues le 25 avril 2026 au Mali. REJAES a également dénoncé des manœuvres de déstabilisation visant les États membres de l'Alliance du Sahel (AES). Ces attaques ont causé la mort de nombreux civils et militaires, y compris le Ministre de la Défense Nationale, le général de corps d’Armée Sadio Camara. L'armée malienne a indiqué samedi matin qu'elle combattait des « groupes terroristes » ayant attaqué des casernes à Bamako et dans d'autres zones, précisant que la situation était sous contrôle après 11h00 GMT, mais que des opérations de ratissage étaient en cours. L'entourage de M. Camara a déclaré qu'il était « sain et sauf », bien que deux témoins aient rapporté que sa maison avait été touchée et détruite. La coordination et l'ampleur de ces attaques apparaissent sans précédent, selon Nicolas Haque d'Al Jazeera.
Attaques coordonnées au cœur du Mali
Les attaques du 25 avril 2026, qualifiées de « lâches et barbares », ont visé plusieurs villes et positions des Forces Armées Maliennes (FAMa), selon des sources concordantes. Des hommes armés ont attaqué la capitale malienne, Bamako, ainsi que plusieurs endroits du pays, dans un assaut apparemment coordonné impliquant de multiples groupes. Deux fortes explosions et des tirs soutenus ont été entendus peu avant 6h00 GMT près de la principale base militaire du Mali, Kati, située aux abords de Bamako. Un journaliste de l'Associated Press a rapporté des tirs d'armes lourdes et de fusils automatiques près de l'aéroport international Modibo Keita de Bamako, à environ 15 km du centre-ville.
Des troubles similaires se sont produits simultanément dans la ville centrale de Sévaré, dans la ville de Kidal et dans la ville de Gao, dans le nord du Mali. Un porte-parole du Front de Libération de l'Azawad (FLA), dirigé par les Touaregs, a affirmé que ses forces avaient pris le contrôle de Kidal et de certaines zones de Gao. Alex Vines a noté qu'une grande partie de Kidal a été capturée par les insurgés. Les résidents de Kati ont signalé que la maison du Ministre de la Défense, le Général Sadio Camara, avait été ciblée. Le Mali fait face à plus d'une décennie d'agitation armée.
Acteurs et responsabilités dénoncés
Le REJAES a dénoncé « la recrudescence des attaques coordonnées visant à saper les efforts de reconquête et de refondation engagés par le Mali, le Burkina Faso et le Niger ». L'organisation a également pointé du doigt « l’implication à peine voilée de certaines puissances étrangères dans l’entretien de l’insécurité au Sahel », exhortant la France et toute autre puissance à « clarifier sa position et à cesser toutes manœuvres de nature à compromettre la stabilité et la souveraineté des Etats du Sahel ». Selon le REJAES, « l’attaque contre le Mali est une attaque contre le Niger et le Burkina Faso ». Le pays est confronté à des rébellions menées par les affiliés ouest-africains d'al-Qaïda et de l'ISIL (ISIS), ainsi qu'à la rébellion touarègue dans le nord. L'affilié d'al-Qaïda, Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), a confirmé dans un communiqué son implication dans les attaques et sa coordination avec le Front de Libération de l'Azawad (FLA). Le JNIM a déclaré avoir visé les domiciles du Général Assimi Goita et du Ministre de la Défense, le Général Sadio Camara, entre autres cibles. Alex Vines a affirmé que le JNIM et le mouvement séparatiste FLA sont impliqués, et que les forces gouvernementales ont réagi avec fermeté.
Contexte politique et sécuritaire
Le gouvernement militaire du Mali, dirigé par Assimi Goita, a pris le pouvoir après des coups d'État en 2020 et 2021. En 2020 et 2021, Bamako a rompu ses liens avec la France et a expulsé les forces françaises ainsi que les missions de maintien de la paix de l'ONU. En juillet dernier, les autorités militaires ont accordé au chef du coup d'État, Assimi Goita, un mandat présidentiel de cinq ans. Le groupe Wagner, qui assistait les forces maliennes contre les groupes armés depuis 2021, est désormais devenu l'Africa Corps, sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense. Al Jazeera a appris de témoins que des mercenaires russes combattaient à Bamako, autour de l'aéroport. Le Mali a formé l'Alliance des États du Sahel (AES) en 2023 avec le Burkina Faso et le Niger. Les trois pays de l'AES se sont officiellement séparés du bloc régional ouest-africain de la CEDEAO. L'AES a également constitué un bataillon militaire conjoint destiné à combattre les groupes à travers le Sahel.
Appels à la solidarité et à la responsabilité
Le REJAES a salué le courage et le sacrifice des Forces Armées Maliennes (FAMa), qui « au prix de leurs vies défendent la souveraineté, la dignité et l’intégrité du territoire malien ». L'organisation a appelé la communauté internationale à une « solidarité sincère, respectueuse de la souveraineté du Mali et exempte de toutes ingérences ». Le Réseau a exhorté les médias à adopter un traitement « professionnel, factuel et digne de ces événements tragiques ». À l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, le REJAES a adressé un message de fraternité et de responsabilité aux journalistes de l'espace AES. Il a souligné que « la liberté d’informer est un droit majeur et fondamental à préserver et à protéger, qui s’accompagne d’une exigence permanente de rigueur et d’éthique », invitant les journalistes à faire preuve de « retenue, de confraternité et de responsabilité ». Alex Vines, directeur Afrique du European Council on Foreign Relations, a déclaré à Al Jazeera que les autorités maliennes semblaient avoir été prises au dépourvu.