Niger : La transformation locale, pilier de la souveraineté économique par l'accès au marché

Le ministre du Commerce et de l'Industrie, M. Abdoulaye Saidou, a communiqué mardi 28 juillet 2026 devant les conseillers de la CCR sur la stratégie du Niger pour renforcer sa souveraineté économique par la transformation locale. Il a affirmé que « la transformation locale de nos ressources naturelles, agricoles et minières est la clé de voûte de notre stratégie de souveraineté économique ». Cette approche est considérée comme fondamentale pour le développement durable et l'autonomie du pays.

Selon M. Saidou, « exporter des matières premières brutes, c’est exporter notre valeur ajoutée, nos emplois et notre richesse », un constat qui note l'urgence d'une réorientation économique. Il a ajouté que « la politique de transformation locale vise à inverser définitivement cette tendance », marquant ainsi une volonté ferme de capter davantage de valeur sur le territoire national. Un projet d'huilerie de sésame et de noix de tigre est d'ailleurs en cours de planification, avec un potentiel d'exportation significatif vers l'Asie et l'Europe, ouvrant de nouvelles perspectives commerciales pour le Niger. Le décret n° 2025-609 PRN/MC/I du 22 octobre 2025 encadre déjà l'obligation d'achat de produits locaux au Niger, posant ainsi les bases légales de cette politique.

Stratégie de souveraineté économique

La stratégie de souveraineté économique du Niger repose sur la transformation locale des ressources naturelles, agricoles et minières du pays. Cette politique vise à inverser la tendance actuelle d'exportation de matières premières brutes, une pratique qui, selon les autorités nigériennes, revient à exporter la valeur ajoutée, les emplois et la richesse nationale. La transformation des ressources locales est perçue comme un levier essentiel pour le développement économique et social.

Le développement industriel du Niger s'articule autour de plusieurs axes stratégiques. Il s'agit notamment du renforcement de la gouvernance du secteur industriel, du développement de chaînes de valeur industrielles robustes et de l'amélioration continue de la compétitivité industrielle. Ces piliers sont jugés indispensables pour bâtir une économie forte et diversifiée. Les responsables nigériens estiment qu'investir dans l'industrie nationale équivaut à investir directement dans la souveraineté de la nation. Ils sont convaincus que transformer les ressources locales et s'engager dans un commerce international intelligent sont les moyens les plus efficaces de maintenir la richesse à l'intérieur du pays, de créer des emplois durables et de bâtir une économie résiliente, indépendante et respectée sur la scène mondiale.

La vision du Niger à l'horizon 2036 est de disposer d'un tissu industriel national dynamique, diversifié, compétitif et respectueux de l'environnement, capable de répondre aux défis du 21e siècle. La politique commerciale du Niger, pour sa part, ambitionne de faire du pays une nation émergente d'ici 2036, grâce à un commerce moderne et dynamique qui soutient la production locale et favorise les exportations de produits à valeur ajoutée. La Politique Commerciale du Niger 2026-2036 est structurée autour de trois axes prioritaires et complémentaires : le renforcement du cadre institutionnel et juridique pour garantir un environnement propice aux affaires, le renforcement des capacités du secteur privé pour stimuler l'innovation et la productivité, et l'amélioration de la compétitivité à l'exportation pour conquérir de nouveaux marchés internationaux.

Projets de transformation industrielle

Plusieurs projets industriels sont en cours de planification au Niger, ciblant la transformation locale de produits agricoles clés et à fort potentiel. Une unité de séchage, de déshydratation et de conditionnement d'oignons Violet de Galmi est ainsi prévue dans la région de Tahoua, une zone reconnue pour la qualité de sa production. Ce projet permettra de valoriser cette culture emblématique et d'augmenter sa durée de conservation.

Parallèlement, une unité de purification, de granulation et de conditionnement aux normes internationales de gomme arabique doit voir le jour dans les régions de Diffa, Zinder et Tahoua. Ces initiatives stratégiques visent à ajouter de la valeur aux matières premières locales avant leur exportation, garantissant ainsi une meilleure rémunération pour les producteurs et une meilleure position sur les marchés mondiaux. La production nationale de gomme arabique dépasse déjà les 4 600 tonnes par an, ce qui justifie pleinement l'investissement dans des infrastructures de transformation modernes et performantes. L'agro-industrie est non seulement perçue comme un moteur essentiel de la souveraineté alimentaire du pays, mais aussi comme un puissant vecteur de croissance économique et de création d'emplois.

Ces projets s'inscrivent dans une stratégie plus large de valorisation des ressources nigériennes sur place, rompant avec le modèle traditionnel d'exportation de matières premières brutes. L'installation de ces unités de transformation devrait permettre de mieux répondre aux exigences de qualité et de traçabilité des marchés internationaux, tout en renforçant la capacité du Niger à transformer ses propres richesses.

Mobilisation de la demande intérieure

Le ministère du Commerce et de l'Industrie s'attèle activement à promouvoir le « Made in Niger » en mobilisant les marchés publics, les commandes institutionnelles de l'État ainsi qu'en sensibilisant les consommateurs à l'importance de choisir les produits locaux. Cette initiative vise à faire de la demande intérieure le principal moteur de l'industrialisation du pays, créant un cercle vertueux entre production et consommation nationales. Pour soutenir cette dynamique, une ordonnance, la n° 2025-36 du 22 octobre 2026, a été instaurée pour établir des quotas d'importation concernant les produits similaires à ceux fabriqués localement, protégeant ainsi l'industrie émergente. Le ministère du Commerce et de l'Industrie prévoit également la création d'une Agence Nationale pour la Promotion des Achats et de la Consommation des Produits Locaux (ANPA/PL), dont la mission sera de coordonner et d'amplifier ces efforts de promotion et de soutien à la production nationale.