Niger : Suspension spectaculaire d'un grand opérateur cimentier

Niger : Charfo suspendu trois mois, le bras de fer autour du ciment se durcit
Photo via Lesechosduniger

Les Établissements Aboubacar Charfo ont été suspendus pour une durée de trois mois au Niger, par un arrêté ministériel daté du 3 septembre. Cette décision majeure, qui a secoué le secteur du ciment dans le pays, a été rendue publique samedi 5 septembre 2026. Elle émane directement du ministre du Commerce et de l'Industrie, Abdoulaye Seydou, et constitue une mesure forte à l'encontre de l'un des principaux acteurs du marché. La suspension interdit formellement à l'entreprise toute activité commerciale durant cette période de trois mois, marquant un coup d'arrêt significatif à ses opérations. Cette action fait suite à des avertissements répétés du ministre Abdoulaye Seydou, qui avait précédemment souligné que les pratiques jugées perturbatrices du système de distribution du ciment seraient sanctionnées rigoureusement, dans le but d'assurer la stabilité du marché et la disponibilité des matériaux de construction essentiels.

L'ordre de suspension détaillé et ses fondements légaux

La justification de la suspension des activités des Établissements Aboubacar Charfo s'appuie sur des bases légales précises. Elle cite spécifiquement l'article 42, paragraphe 3, de la Loi n°2019-56 du 22 novembre 2019, une législation fondamentale relative à la concurrence au Niger. Cette disposition légale confère aux autorités le pouvoir d'agir contre les entreprises qui ne respectent pas les règles du marché. Plus précisément, l'article 42, paragraphe 3, autorise expressément la fermeture temporaire d'une entreprise et l'interdiction d'exercer une activité professionnelle, notamment en cas de récidive constatée dans des manquements aux régulations.

Cependant, bien que l'arrêté ministériel ait prononcé cette mesure sévère à l'encontre de l'opérateur cimentier, il est important de noter qu'il ne fournit pas de détails spécifiques sur les faits précis ou l'infraction antérieure qui seraient à l'origine de la récidive alléguée. Cette absence de précision sur les motifs exacts de la récidive laisse planer un certain flou sur les circonstances ayant mené à une telle décision. À ce jour, les Établissements Charfo n'ont pas encore fait de commentaire public concernant cette décision de suspension, et leur position officielle reste attendue face à ces accusations. Le silence de l'entreprise ajoute à l'incertitude entourant les détails de cette affaire qui impacte l'un des géants de l'industrie nigérienne.

Visite ministérielle et constatations sur le terrain

La décision de suspension intervient après une série d'événements et d'observations menées par les autorités. Le 3 septembre, le ministre Abdoulaye Seydou a effectué une tournée d'inspection approfondie sur sept sites de vente de ciment situés à Niamey, la capitale nigérienne. Cette visite ministérielle avait pour objectif principal d'évaluer la situation sur le terrain, de prendre le pouls du marché et de s'assurer du bon fonctionnement des circuits de distribution du ciment, un produit stratégique pour le développement et la construction.

Au cours de cette inspection, des constatations cruciales ont été faites. Parmi les sites visités, deux points de vente appartenant directement aux Établissements Aboubacar Charfo ont attiré l'attention. L'un de ces points de vente est situé stratégiquement au Stade Général-Seyni-Kountché, et l'autre dans le Quartier Sonni, des lieux clés pour la distribution dans la ville. Il a été observé que ces deux emplacements n'étaient pas opérationnels au moment précis du passage du ministre et de sa délégation. L'absence d'activité sur ces deux sites a été constatée directement par la délégation ministérielle, soulevant des interrogations sur la disponibilité des produits de l'entreprise.

En dépit de ces constatations officielles, un représentant de la société a apporté un éclairage différent sur la situation. Il a affirmé que les Établissements Aboubacar Charfo disposaient de cinquante camions chargés en ciment au moment précis de la visite du ministre. Cette déclaration suggère une disponibilité significative des stocks malgré l'inactivité apparente des points de vente inspectés, créant un contraste entre les observations sur le terrain et les affirmations de l'entreprise concernant ses capacités d'approvisionnement.

Mesures pour stabiliser le marché et assurer l'approvisionnement

Face aux perturbations observées sur le marché du ciment, les autorités nigériennes ont rapidement mis en place des mesures concrètes pour stabiliser la situation et garantir un approvisionnement adéquat. Pour fluidifier l'approvisionnement et pallier d'éventuelles pénuries, plus de 20 000 tonnes de ciment seront mises sur le marché à Niamey. Cette importante quantité sera distribuée entre le 3 septembre, date de la visite ministérielle et de l'arrêté, et le 9 septembre, selon les annonces des autorités. Cette initiative vise à répondre de manière proactive aux besoins urgents du marché local et à rassurer les consommateurs et les acteurs du secteur de la construction.

Afin de réguler les prix et d'éviter toute spéculation, les autorités ont également annoncé des tarifs spécifiques et encadrés pour les ventes. Le ciment de type 32.5, couramment utilisé pour diverses applications de construction, sera proposé à un prix fixe de 60 000 FCFA par tonne. Parallèlement, le ciment de type 42.5, connu pour ses performances supérieures, sera vendu à 87 500 FCFA par tonne. Ces prix sont censés garantir une accessibilité équitable pour les consommateurs et les professionnels, tout en évitant des hausses abusives qui pourraient découler de la situation actuelle.

Pour assurer une distribution équitable et éviter la spéculation, un quota maximal a été établi pour chaque acheteur. Cette mesure stricte signifie que chaque acquéreur ne pourra acheter plus de cinq tonnes de ciment. Cette limitation vise à empêcher l'accaparement des stocks par quelques acteurs et à garantir que les matériaux de construction soient disponibles pour un plus grand nombre de personnes et d'entreprises, contribuant ainsi à la stabilisation générale du marché dans un contexte de forte demande et de tensions sur l'approvisionnement.