Une formation en maintenance de smartphones a débuté au Centre de Formation aux Métiers (CFM) de Droum, une commune située dans le département de Mirriah, dans la région de Zinder. Cette initiative, rendue possible par le Projet de Village Intelligent pour la Croissance Rurale et l’Inclusion Numérique (PVI) en collaboration avec le Ministère de l’Enseignement et de la Formation Techniques et Professionnels (MEFTP), vise à offrir de nouvelles perspectives professionnelles dans un secteur en pleine croissance. Le programme s'inscrit dans une démarche plus large de développement des compétences techniques et de promotion de l'inclusion numérique dans la région.
Trois femmes en formation
Trois jeunes femmes, décrites comme déscolarisées et en situation de vulnérabilité sociale et financière, suivent actuellement une formation en maintenance de smartphones. Leur participation à ce programme est particulièrement notable, car la pratique de la maintenance informatique et électronique par des femmes est rare au Niger, particulièrement dans les zones rurales. Cette formation représente une opportunité unique pour ces femmes de briser les barrières sociales et économiques.
Parmi elles, Oumma Abdou Ibra, 26 ans, mère au foyer, est titulaire d'un brevet d'étude du premier cycle (BEPC) obtenu il y a dix ans. Son parcours illustre les défis auxquels sont confrontées de nombreuses femmes dans la région, souvent éloignées du marché du travail formel. Elle a expliqué avoir été informée par son époux de l'opportunité de cette formation au Centre de Formation aux Métiers (CFM) de Droum, ouverte spécifiquement aux femmes. « Il m’a alors conseillée de déposer mon dossier de candidature pour passer le test de sélection. Je l’ai réussi et aujourd’hui je suis la formation », a-t-elle déclaré, soulignant le soutien familial dans sa démarche.
Oumma Abdou Ibra a précisé ses motivations avec détermination : « J’ai choisi ce métier d’abord pour être stable financièrement, indépendante et pour ne pas toujours demander à mon mari de s’occuper de tous mes besoins. » Elle a ajouté, pleine d'espoir : « J’ai foi en cette formation, et je suis convaincue qu’elle permettra de gagner ma vie et même d’aider les autres. » Ces paroles résonnent avec l'objectif du PVI de favoriser l'autonomisation économique des femmes.
Une autre participante, Zeinab Rabe, âgée également de 26 ans, est divorcée et également titulaire d'un BEPC. Étant au chômage, elle s'est tournée vers cette formation pour trouver une opportunité professionnelle concrète. Sa situation reflète celle de nombreuses jeunes femmes confrontées à l'absence de perspectives d'emploi. « Le centre est très bien accueillant », a-t-elle affirmé, appréciant l'environnement propice à l'apprentissage.
Zeinab Rabe a exprimé sa satisfaction suite à la réussite de son test d'entrée : « C’était vraiment une joie pour moi de réussir le test d’entrée dans ce centre, car la réparation de téléphone est très rentable aujourd’hui. » Elle a également souligné l'importance de cette initiative pour les femmes, défiant les conventions sociales : « Même si ce métier est traditionnellement plus pratiqué par les hommes, du moment où ça nous permettra de gagner notre vie, nous les femmes, nous nous y lançons aussi. » Cette déclaration met en lumière la volonté des participantes de briser les stéréotypes de genre.
La formation des formateurs en maintenance de smartphones fait partie intégrante de la Composante 2, Connectivité Numérique, du Projet PVI. Cette composante vise à renforcer les infrastructures numériques et les compétences associées dans les zones rurales. L'intervenant qui les forme fait partie d'une première cohorte de quinze jeunes techniciens choisis par le MEFTP pour renforcer leurs compétences et former à leur tour d'autres individus. Cette approche en cascade assure une diffusion durable du savoir-faire technique.
Chacune des quinze personnes sélectionnées pour cette formation, y compris les trois jeunes femmes, a reçu un kit de maintenance de haute technologie du PVI. Cet équipement est essentiel pour la pratique et l'apprentissage des techniques modernes de réparation. Zeinab Rabe a formulé un souhait concernant l'avenir, qui exprime les aspirations de toutes les participantes : « Mon souhait est qu’après la formation, que nous soyons équipées de matériels qui vont nous permettre de mener à bien notre travail dans nos ateliers. Ceci nous permettra de nous prendre en charge, et même, aider les autres aussi. C’est vraiment mon grand souhait auprès du PVI. » Ce souhait met en évidence le besoin d'un soutien continu pour transformer la formation en opportunités économiques réelles.
Un métier prometteur et des défis
Chamsiya Ibrahim, âgée de 24 ans, est également parmi les participantes. Divorcée et ayant obtenu son BEPC il y a six ans, elle dépend actuellement de ses parents pour ses besoins. Sa situation est emblématique des difficultés rencontrées par les femmes seules ou sans emploi stable. « Depuis mon divorce, je vis avec mes parents. Pour mes besoins, je fais recours à eux. Quand ils en ont, ils me donnent et s’ils en n’ont pas, je n’ai personne pour me les donner », a-t-elle expliqué, dépeignant une réalité sociale difficile. Elle a ajouté, avec une détermination palpable : « Ça va comme ça, je dois me battre et trouver un travail. C’est pourquoi je suis rigoureusement cette formation dans l’espoir d’avoir un lendemain meilleur. » Sa participation est un témoignage de la résilience et de la volonté d'autonomie.
Le programme de réparation de téléphones cellulaires est présenté comme un domaine prometteur avec une forte demande en raison de l'utilisation généralisée des téléphones mobiles dans la commune de Droum et au-delà. Le marché local offre de réelles opportunités pour les techniciens qualifiés. Apprendre la réparation de smartphones peut rapporter jusqu'à 1000 francs CFA (un peu moins de 2 dollars US) par jour, voire plus, ce qui représente un revenu significatif dans la région. Chamsiya Ibrahim a souligné le potentiel économique de cette compétence : « En apprenant ce métier, tu peux gagner jusqu’à 1000 francs CFA par jour ou plus. » Elle a précisé que « en obtenant plus de 1000 FCFA, je pourrais me prendre en charge et même aider les autres. » Cette perspective de revenu est un moteur puissant pour les apprenantes.
La pratique de la maintenance informatique et électronique par des femmes est rare au Niger, particulièrement dans les zones rurales. Cette formation contribue donc activement à briser les stéréotypes de genre et à ouvrir de nouvelles voies professionnelles pour les femmes. « Mon plus grand souhait, c’est d’apprendre ce métier et l’apprendre aux autres. Je remercie ce projet qui a appris ce métier à notre formateur. Je le remercie à 100% », a déclaré Chamsiya Ibrahim, mettant en évidence l'impact transformateur de cette formation non seulement pour elle-même, mais aussi pour sa communauté.
Toutefois, le programme de maintenance cellulaire fait face à des difficultés incluant un manque de formateurs qualifiés, une insuffisance de kits pour les diplômés, et la pauvreté parmi les parents des apprenants. Ces défis nécessitent une attention continue pour assurer la pérennité et le succès du programme. Le PVI et le MEFTP travaillent à surmonter ces obstacles pour garantir que les bénéficiaires puissent pleinement exploiter leurs nouvelles compétences.
Perspectives et ambitions du projet
L'opportunité de formation a été rendue possible par le Projet de Village Intelligent pour la Croissance Rurale et l’Inclusion Numérique (PVI). Ce projet ambitieux vise à transformer les communautés rurales par l'accès aux technologies et aux compétences numériques. Le PVI a également pris en charge la formation de l'instructeur et l'équipement du Centre de Formation aux Métiers (CFM) de Droum avec le matériel nécessaire, assurant ainsi des conditions d'apprentissage optimales. Cette dotation en équipement est clé pour la qualité de l'enseignement dispensé.
Le cycle de formation dispensé au CFM s'étend sur deux ans et vise à l'obtention d'un certificat de qualification professionnel (CQP). Ce diplôme, reconnu officiellement, atteste des compétences acquises et améliore considérablement l'employabilité des jeunes. Chaque année, le CFM de Droum forme des dizaines de jeunes, aussi bien des filles que des garçons, à divers métiers. Ces formations incluent la couture, la mécanique, l'élevage, la fonderie, le tricot, la menuiserie, et bien sûr, la réparation de téléphones cellulaires. L'établissement s'efforce de fournir une instruction complète et diversifiée pour répondre aux besoins du marché local et offrir des débouchés variés aux jeunes.
Les ambitions du CFM, en collaboration avec le PVI, sont multiples et profondément ancrées dans le développement local. Elles consistent notamment à former qualitativement et quantitativement les jeunes, en leur offrant des compétences adaptées aux réalités économiques. Un objectif clé est de démystifier les stéréotypes de genre liés aux métiers de la réparation cellulaire, en encourageant activement la participation des femmes dans des domaines traditionnellement masculins. Le projet vise également à lutter contre l'exode des jeunes vers les grandes villes, en créant des opportunités d'emploi et de développement dans leur propre communauté. Enfin, la lutte contre le chômage féminin est une priorité, en offrant aux femmes les moyens de leur autonomisation économique. Ces objectifs s'inscrivent dans une démarche de développement durable et d'autonomisation des populations. Le projet vise à créer des opportunités durables pour les bénéficiaires, contribuant ainsi à une croissance économique inclusive.
Le PVI prévoit de former 30 nouveaux techniciens en maintenance électronique d'ici 2026. Parmi ces futurs techniciens, 30% seront des femmes, marquant une volonté forte et concrète d'accroître la participation féminine dans des secteurs techniques et technologiques. Cette initiative note l'engagement du projet à promouvoir l'égalité des genres et à diversifier les compétences techniques disponibles dans la région de Zinder. La publication de ces informations en date du 14 mai 2026 témoigne de l'actualité et de la pertinence de cette démarche pour l'avenir de la communauté de Droum et du Niger.