La pêche en déclin dans la région de Tillabéri : un pilier économique menacé

La pêche, activité économique majeure dans la région de Tillabéri au Niger, est confrontée à un déclin préoccupant. Ce secteur, qui fait vivre de nombreuses familles, subit les contrecoups de divers facteurs. La région est traversée par le fleuve Niger sur environ 450 kilomètres, offrant historiquement un habitat propice à la faune aquatique et soutenant une importante communauté de pêcheurs. Actuellement, la région de Tillabéri compte environ 1 070 pêcheurs et 600 mareyeurs, dont les moyens de subsistance dépendent directement de cette ressource. Ces chiffres soulignent l'ampleur de la population dont la vie est intrinsèquement liée à la santé de cet écosystème aquatique.

L'importance de la pêche régionale

La pêche dans la région de Tillabéri se pratique sur le fleuve Niger, ses affluents, ainsi que dans de nombreux mares et retenues d'eau artificielles. La région compte actuellement 199 mares, réparties sous différents régimes. Ces mares sont localisées dans plusieurs départements, notamment Tillabéri, Ayorou, Téra, Say et Kollo. Cette distribution géographique des sites de pêche met en évidence l'étendue et la diversité des zones exploitées par les pêcheurs locaux. La diversité aquatique de la région est notable, avec 112 espèces de poissons recensées, soulignant la richesse écologique et l'importance de cette ressource pour les communautés locales. Cette activité soutient un écosystème socio-économique vital, fournissant des revenus et une source de nourriture essentielle à de nombreuses familles. La présence de cette grande variété d'espèces piscicoles témoigne d'un environnement autrefois florissant, capable de supporter une biodiversité significative.

La pêche est une source de revenus essentielle pour des milliers de personnes dans la région de Tillabéri. Elle contribue de manière significative à la sécurité alimentaire et à l'économie de la région. Pour de nombreuses communautés, le poisson constitue une source de protéines abordable et facilement accessible, jouant un rôle clé dans la nutrition des ménages, en particulier dans les zones rurales où d'autres sources de protéines peuvent être rares ou coûteuses. Au-delà de l'aspect alimentaire, l'activité de pêche génère un circuit économique local dynamique, allant de la capture à la commercialisation, en passant par la transformation et le transport.

Les défis environnementaux et pratiques

Le déclin de la pêche dans la région de Tillabéri est attribué à une combinaison de facteurs environnementaux et de pratiques humaines. La diminution du niveau d'eau du fleuve Niger constitue une préoccupation majeure pour les communautés de pêcheurs. Les pêcheurs locaux, comme Abdou Hamadou de Kokorou, ont observé une réduction significative de la profondeur du fleuve. "L'eau du fleuve baisse de plus en plus, et la plupart des poissons ne sont plus là", a déclaré M. Hamadou. Cette observation est corroborée par Youssoupha Adamou, également pêcheur à Tinga, qui a souligné que "le fleuve se rétrécit, les poissons sont de moins en moins nombreux". Les changements climatiques sont souvent cités comme une cause principale de cette baisse du niveau d'eau, entraînant des périodes de sécheresse plus longues et une réduction des apports hydriques. Ces modifications affectent directement les habitats des poissons, réduisant les frayères et les zones d'alimentation, ce qui a un impact direct sur leurs populations.

À cette situation s'ajoutent les techniques de pêche non réglementées et destructrices. L'utilisation de filets à mailles fines, interdits par la législation nationale, est particulièrement préjudiciable. Ces filets capturent les jeunes poissons, ne leur permettant pas d'atteindre l'âge adulte et de se reproduire, ce qui compromet le renouvellement des stocks. L'usage de produits toxiques ou de la pêche à l'explosif, bien que moins fréquents, contribue également à la destruction des écosystèmes aquatiques et à la raréfaction des espèces. Amadou Garba, pêcheur à Beynam, a ainsi regretté que "les filets à mailles fines tuent les alevins, ce qui réduit le nombre de poissons". Ces pratiques illégales ont des conséquences à long terme sur la capacité de régénération des populations de poissons, menaçant la viabilité de l'activité pour les générations futures. L'absence d'une surveillance et d'une application strictes des réglementations existantes exacerbe le problème, rendant difficile la protection des ressources halieutiques.

Témoignages des acteurs de la pêche

La pêche représente une source de revenus essentielle pour des milliers d'habitants de la région de Tillabéri. Cette activité contribue significativement à la sécurité alimentaire locale ainsi qu'à l'économie de la région, selon des observateurs. Les produits de la pêche sont commercialisés sur les marchés locaux et régionaux, soutenant ainsi une chaîne de valeur impliquant pêcheurs, mareyeurs et détaillants. Les mareyeurs, au nombre de 600 dans la région, jouent un rôle clé dans cette chaîne en assurant la collecte et la distribution du poisson, créant ainsi des emplois indirects et stimulant l'activité commerciale.

Le prix du kilogramme de poisson est généralement fixé à environ 1 750 francs CFA pour les détaillants. Ces derniers revendent ensuite le poisson aux consommateurs pour un prix avoisinant les 2 000 francs CFA le kilogramme. Cette structure tarifaire illustre l'importance économique du poisson comme denrée alimentaire et source de profit pour les acteurs de la filière. Le poisson frais, ainsi que le poisson séché ou fumé, est une marchandise prisée, dont la demande reste forte malgré les difficultés d'approvisionnement.

Perspectives et solutions proposées

Le secteur de la pêche contribue de manière significative à l'économie régionale. Sur la base des statistiques moyennes des cinq dernières années, cette activité génère plus de 600 millions de francs CFA par an pour l'économie de la région. Ce chiffre met en lumière l'importance économique et la nécessité de trouver des solutions durables pour inverser la tendance actuelle de déclin. La mise en œuvre de mesures de gestion durable, telles que le renforcement de la surveillance pour lutter contre la pêche illégale, la promotion de techniques de pêche respectueuses de l'environnement et la restauration des habitats aquatiques, est clé pour assurer la pérennité de cette ressource vitale. Des initiatives de sensibilisation auprès des communautés de pêcheurs sur les dangers des pratiques destructrices et l'importance de la conservation pourraient également jouer un rôle déterminant. Le développement de l'aquaculture pourrait offrir une alternative ou un complément à la pêche traditionnelle, contribuant à la sécurité alimentaire et aux revenus des populations. La publication de cet article, le 7 août 2026, vise à sensibiliser le public et les autorités sur l'urgence de la situation et la nécessité d'agir pour préserver ce pilier économique et social de la région de Tillabéri.